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Quelques obstacles à la compréhension de la complexité de l'histoire

Posted by Marie-Hélène Brunet
20 June 2013 - 3:10pm

J'ai écrit à plusieurs reprises sur ce blogue au sujet de l'agentivité historique. Vous croirez peut-être que j'en fais une obsession, mais je crois qu'un enseignement de l'histoire qui fait place à une multiplicité d'agents (qui fait place aux femmes, aux ouvriers, aux minorités ethniques, etc.) et qui présente leur réalité non comme un tout, mais comme une histoire riche et complexe, a plusieurs impacts positifs. D'une part, les élèves sont généralement motivés par ces sujets et d'autre part, l'apprentissage de ces histoires multiples est selon moi un puissant antidote contre les généralisations excessives, les préjugés et les stéréotypes.

Je ne suis pas la seule à le penser. J'ai eu la chance d'assister à plusieurs présentations du professeur Keith Barton dans différents congrès. Je vous suggère d'ailleurs fortement la lecture de l'article indiqué en référence. Aujourd'hui, je veux vous suggérer quelques pistes de réflexion inspirées des recherches de Barton.

En effet, Barton (2012) a identifié quelques obtacles qui limitent pour les élèves la compréhension de la complexité du passé et du rôle des agents ayant influencé le cours de l'histoire par leurs choix. Nous en étudierons ici trois plus spécifiquement.

D'abord, Barton note la tendance à personnifier des pays (ou des lieux géographiques) comme des agents de l'histoire. Par exemple, on entend souvent "Le Québec a donné le droit de vote aux femmes en 1940" ou "L'Allemagne, découragée par les conditions sévères imposées par le Traité de Versailles, ne pouvait faire autrement que d'être fragile face à l'extrémisme". Or, s'il semble à prime abord évident que ce ne sont pas les pays qui ont des intentions ou des sentiments, mais bien des individus (soldats, membres du gouvernement), il ne semble pas que cette réalité soit aussi claire pour les élèves rencontrés par le chercheur.

Un second obtacle est la tendance à imputer les changements à quelques grands personnages. Ce faisant, on oublie de souligner que les changements sociaux sont rarement, sinon jamais, le lot d'un seul individu, mais qu'ils sont plutôt le fruit d'un travail collectif. Par exemple, lorsqu'on dit "Jean Lesage amena un vent de changements et mit en place de nombreux programmes sociaux"; n'oublie-t-on pas que la Révolution tranquille n'aurait pu avoir lieu sans l'opposition grandissante de nombreux groupes, comme les intellectuels, dans la société québécoise sous Duplessis?

Un troisième obstacle est celui de la généralisation excessive: les habitants d'un même pays ou les membres d'un même groupe sont souvent présentés comme agissant de manière homogène. N'entend-on pas "les anglophones étaient opposés à loi 101" ou encore "les Américains étaient anti-communistes" (voir l'image de gauche). Or, ce type de généralisation n'a-t-il pas tendance à encourager une vision parfois simpliste, sinon stéréotypée, des groupes en question? Les anglophones, tout comme les Américains, ne forment pas des groupes homogènes, mais les élèves perçoivent très difficilement que des tensions et des désaccords existent à l'intérieur des groupes dans l'histoire.

Je vous lance donc la question: croyez-vous que ces obstacles sont surmontables? De quelle manière peut-on aider les élèves à dépasser ces limites?

Dans mon prochain blogue, je vous proposerai des pistes pour aider vos élèves à découvrir une histoire faisant réellement place à l'agentivité. Si l'on dit souvent que les préjugés ont la vie dure, je pense tout de même que la classe d'histoire peut permettre aux élèves de remettre en question certaines de leurs préconceptions. C'est donc à suivre...

 

Référence: Barton, K. (2012). Agency, choice and historical action: How history teaching can help students think about democratic decision making dans Citizenship Teaching and Learning, 7(2): 131-142.